7 points qu’Ursula von der Leyen abordera dans son discours sur l’état de l’Union

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Voici ce que la présidente de la Commission européenne va annoncer dans son discours le plus important de l’année.

BRUXELLES — Ursula von der Leyen a fait de l’indépendance de l’Europe face à un monde dangereux le pilier de son héritage politique. Mercredi, la présidente de la Commission européenne devra faire le point sur l’état d’avancement de cette ambition, et dévoiler les prochaines étapes.

Alors que l’UE est confrontée à des guerres, des feux de forêt et Donald Trump, Ursula von der Leyen profitera de son sixième discours sur l’état de l’Union pour présenter son programme : rendre l’Europe résiliente face au changement climatique ; tenir la cadence face à la Chine et des Etats-Unis en matière d’intelligence artificielle ; booster l’industrie de la défense européenne ; et réformer ses règles en matière d’immigration.

Le discours sera revu et réécrit jusqu’au moment même où elle le prononcera. Mais d’après des entretiens menés avec plus d’une douzaine de responsables européens, qui ont souhaité garder l’anonymat pour évoquer les priorités et les axes de discussion de la présidente, voici ce que la rédaction de POLITICO a appris sur le contenu de son intervention.

Intelligence artificielle

L’IA a été au cœur du séminaire de rentrée organisé par la Commission à Tervuren, près de Bruxelles, début septembre, lors duquel le discours a été préparé. Il est révélateur que le conseiller spécial de l’exécutif européen pour les applications industrielles de l’IA, le président de Siemens Jim Hagemann Snabe, ait été présent ce jour-là.

Lors d’une réunion distincte des directeurs de cabinet — au cours de laquelle ils ont présenté à Bjoern Seibert, le bras droit de von der Leyen, les priorités de leurs services à inclure dans le discours —, la question de la manière de présenter l’impact de l’IA sur l’emploi a été abordée.

L’équipe d’Ursula von der Leyen a demandé aux services compétents de la Commission de fournir, en vue du discours, de nouvelles statistiques sur le nombre d’emplois susceptibles d’être supprimés et créés à mesure que l’adoption de l’IA se généralise, selon l’un des responsables au fait des discussions.

Compétitivité

Deux ans après la publication du rapport de l’ancien Premier ministre italien Mario Draghi sur les moyens de redonner sa compétitivité au continent, Ursula von der Leyen s’apprête à dresser le bilan des efforts déployés par sa Commission pour remédier au marasme économique de l’Europe par la simplification administrative.

Elle devrait évoquer un “grand nettoyage en profondeur” de la réglementation et le principe de “simplicité dès la conception”, glisse un haut responsable européen. “Honnêtement, elle doit se montrer à la hauteur”, ajoute-t-il.

Toutefois, le même souligne que la compétitivité ne sera pas le thème principal du discours cette fois-ci. Cet honneur reviendra au…

Climat

Alors que l’Europe sort d’un été infernal, marqué par l’assèchement de ses fleuves et les feux de forêt, l’adaptation au changement climatique — l’un des principaux thèmes abordés par les commissaires européens lors du séminaire de rentrée — devrait occuper une place prépondérante dans son allocution.

L’exécutif européen travaille déjà à l’élaboration d’un plan visant à renforcer la résilience du continent face au changement climatique. Ce paquet de mesures — prévu pour fin octobre et qui devrait inclure, entre autres, un scénario climatique commun décrivant les conditions futures auxquelles les pays de l’UE devront se préparer, ainsi que des évaluations régulières des risques — sera probablement évoqué dans le discours. Reste à savoir à quel point la présidente entrera dans les détails.

Cette focalisation sur le climat intervient alors que la Commission de von der Leyen s’efforce de défendre son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2040, tout en faisant face à la pression croissante des acteurs économiques et des gouvernements nationaux pour limiter le coût de la transition écologique.

Des pompiers luttent contre un incendie de forêt à Muğla, en Turquie, le 2 août 2021. | Yasin Akgul/AFP via Getty Images

Le commissaire chargé du Climat, Wopke Hoekstra, a fait détaillé à POLITICO que la Commission souhaitait s’assurer que la planification soit “intégrée” dans l’ensemble du processus d’élaboration des politiques européennes et nationales, ce qui signifie que la résilience climatique serait prise en compte à chaque étape du processus décisionnel concernant les investissements dans les infrastructures, la législation et bien d’autres domaines.

Un responsable souffle que la résilience hydrique et l’économie circulaire pourraient également être mentionnées.

Le commissaire à l’Agriculture, Christophe Hansen, a confié à POLITICO qu’il espérait que la question de l’adaptation au changement climatique serait abordée dans le discours de von der Leyen. “Nous devons faire davantage […] en matière d’atténuation du changement climatique, nous en sommes tous conscients, mais aussi en matière d’adaptation au changement climatique”, a-t-il déclaré.

Commerce

L’une des grandes questions sur le discours de von der Leyen est de savoir si elle évoquera la Chine.

Dans son discours de 2023, elle avait fait une annonce retentissante en révélant que la Commission lançait une enquête antisubventions sur les véhicules électriques chinois. Cette décision avait provoqué des représailles de Pékin, qui avait ciblé en retour les exportations européennes, notamment de viande de porc et de brandy.

Ce ne sera pas le cas cette fois-ci, selon un responsable, et l’Allemande n’annoncera pas de nouvelle enquête. Pékin ne tiendra pas une place très importante dans le discours, même si la présidente devrait insister sur la nécessité pour l’UE d’accélérer ses efforts de diversification et pourrait aller jusqu’à mentionner explicitement l’outil de diversification envisagé par la Commission.

Immigration

Le discours de von der Leyen intervient après la crise de Ceuta, au cours de laquelle des dizaines de milliers de migrants ont pénétré sur le territoire espagnol, provoquant des remous politiques au sein de l’Union européenne tout au long de l’été.

Le commissaire chargé de la Migration, Magnus Brunner, a présenté à ses collègues un rapport sur les enseignements tirés de cette affaire lors du séminaire de rentrée. Il a été le seul commissaire à faire une telle présentation, relate un responsable européen à POLITICO.

Ursula von der Leyen devrait profiter de son discours pour appeler au renforcement de Frontex, l’agence européenne chargée de la gestion des frontières. Cela implique notamment de multiplier par plus de trois le nombre de gardes-frontières et de garde-côtes européens, pour le porter à 30 000, contre environ 7 800 aujourd’hui, et d’étendre éventuellement le mandat et les pouvoirs de Frontex, selon trois responsables européens, afin de permettre à l’agence de jouer un rôle dans les “hubs de retour” situés dans des pays tiers.

Deux responsables ajoutent que l’Allemande pourrait ouvrir la voie à un financement des infrastructures frontalières (traduction : des clôtures) à l’aide de fonds européens — ce qui constituerait un changement significatif dans la position de la Commission. L’un d’eux indique aussi qu’elle pourrait suggérer d’utiliser les fonds européens pour aider les Etats membres à financer des hubs de retour en dehors de l’UE.

Mais, selon un diplomate de haut rang et un responsable de l’Union, l’idée la plus controversée envisagée pour ce discours est celle d’un cadre européen applicable aux situations de pression migratoire massive, qui permettrait de suspendre certaines règles en matière d’asile et d’accélérer les retours. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a lancé une idée similaire dans une récente tribune publiée par POLITICO.

Défense

La défense et la sécurité devraient également occuper une place importante dans ce discours, la stratégie de sécurité tant attendue étant prévue pour début octobre.

Un panneau signalant des travaux routiers est fixé à un panneau indiquant la frontière belge à Adinkerke, en Belgique, le 10 mai 2016. | Christopher Furlong/Getty Images

A l’origine, cette stratégie devait être présentée à l’issue du sommet de l’Otan à Ankara en juillet, et son report alimente les spéculations selon lesquelles Ursula von der Leyen profiterait de son discours pour prendre les devants sur ce document, en donnant un aperçu de certaines de ses idées et priorités clés.

La Commission prépare également une mise à jour de sa politique arctique, dont la publication est actuellement prévue le 20 octobre, et qui a été rebaptisée “stratégie pour le voisinage nordique et l’Arctique”, afin de refléter son champ géographique élargi. De retour d’un voyage au Groenland, Ursula von der Leyen a déclaré récemment que l’Europe souhaitait “s’engager davantage dans l’Arctique”.

Avec la venue du Premier ministre canadien Mark Carney cette semaine, l’Allemande pourrait annoncer une initiative en matière de sécurité dans l’Arctique en collaboration avec Ottawa, complète un responsable de l’UE. “La sécurité et la défense, c’est toujours son domaine de prédilection”, commente le même — en Allemagne, von der Leyen a été ministre de la Défense.

Un autre haut responsable souligne que von der Leyen recevait Mark Carney, et qu’un “bon hôte” offre des cadeaux, même s’il n’a pas pu préciser en quoi consisteraient ces cadeaux politiques.

Réseaux sociaux

Ursula von der Leyen a confirmé qu’elle profiterait de son discours pour dévoiler ses projets concernant les restrictions d’âge sur les réseaux sociaux, une proposition législative pouvant être présentée le jour même. Elle devra répondre à de nombreuses questions épineuses, notamment quel sera l’âge minimum fixé et si elle laissera les pays de l’UE définir leur propre limite d’âge.

La semaine dernière, lors d’un dîner ministériel à Dublin, les gouvernements nationaux n’ont pas réussi à s’entendre sur un chiffre, ont relaté trois responsables à POLITICO.

POLITICO avait précédemment indiqué que l’âge minimum serait fixé à 13 ans, mais que les parents pourraient autoriser leurs enfants plus jeunes à utiliser les réseaux sociaux.

La Commission devrait également étendre les restrictions d’âge à d’autres services, tels que les plateformes de jeux vidéo et les chatbots IA.

“Nous ne sommes pas obligés d’accepter que l’enfance soit façonnée par des algorithmes”, a déclaré Ursula von der Leyen jeudi.

Zia Weise, Eliza Gkritsi, Marianne Gros, Agnes Rønberg, Gerardo Fortuna, Zoya Sheftalovich, Camille Gijs, Jacopo Barigazzi et Pieter Haeck ont contribué à cet article.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

Original Source
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