Accord Nouvelle-Calédonie : entre "courage", "satisfaction" et "concessions", les partenaires politiques réagissent - Outre-mer La 1ère
Alors que vient d'être signé à Bougival un accord sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, les protagonistes de ces négociations évoquent un compromis, c'est-à-dire un entre-deux dans lequel chaque camp a cédé du terrain afin de parvenir à accorder les visions indépendantistes et non-indépendantistes. Réactions.
Au bas de l'accord signé à Bougival le 12 juillet 2025, les noms et paraphes des dix-neuf signataires. · ©Ministère des Outre-mer Au bout de la nuit banche, du suspense et des incertitudes, la bonne surprise d’un accord signé à Bougival. Puis les premières réactions des personnalités qui l’ont paraphé après dix jours de négociations.
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Le ministre des Outre-mer, dont le paraphe figure à la fin de l’accord, se félicite d'un "engagement majeur, fruit d'un long travail de négociations au cours duquel les partenaires calédoniens ont fait le choix du courage et de la responsabilité". Il a plus longuement exprimé son point de vue devant la presse :
Après plus de dix jours de discussions, les élus de Nouvelle-Calédonie et les représentants de l’État ont conclu un accord historique.Un État de Nouvelle-Calédonie dans la République : c’est le pari de la confiance. Merci au ministre…
Le député de la seconde circonscription est revenu, depuis l'Élysée, sur le "chemin parcouru" depuis l'ouverture des discussions dix jours plus tôt. "Je veux dire la détermination que nous avons à poursuivre ce que nous avons engagé à Bougival. Nous n'avons renoncé en rien à nos engagements, qui étaient partagés ou divergents. Le compromis, c'est le jeu qui était posé autour des discussions : savoir ce que l'on était capable de faire pour que notre pays se dépasse et se révèle dans ses tensions, ses contradictions, dans sa haine aussi."
"Le rendez-vous d'aujourd'hui, si on dit que c'est historique, c'est aussi parce que c'est une étape qui, pour nous, peuple kanak, nous permet d'envisager des perspectives [vers] lesquelles on chemine, vers une trajectoire que l'on choisira ensemble. Choisir ce chemin qui est difficile, qui est nouveau, c'est aussi se mettre à l'épreuve de la critique. On va se faire insulter, menacer, parce que nous avons choisi un chemin différent, qui n'était pas le maintien de manière indéterminée et indéfinie dans la France, qui n'était pas une solution immédiate pour accéder à la pleine souveraineté, mais qui était la nécessaire convergence d'intérêts pour dire combien les uns et les autres nous sommes attachés à ce territoire."
"On a cette crainte que cet espoir, que l'on a pour nous-mêmes et pour nos enfants, ne puisse pas être pleinement accompli, si les uns et les autres ne prennent pas leurs responsabilités pour aller au-devant de ceux qui contestent la volonté de faire un pas vers l'autre. Nous continuerons à croire à la conjugaison de ce 'nous'."
Le député de la première circonscription se réjouit. “On va pouvoir enfin se projeter dans l’avenir sans date butoir et se concentrer sur la reconstruction économique sociale et sociale de notre pays”, lance Nicolas Metzdorf, après avoir résumé sa vision de l’accord. "Le fait d’être Français, de ne plus connaître de référendum et de renforcer les provinces, c’était clairement le mandat que nous avions."
“Du côté de la délégation Loyalistes et Rassemblement, on est satisfaits parce que c’est un statut dans la France, à partir du moment où les compétences régaliennes sont exercées par l’Etat. On est très satisfaits d’avoir évité d’organiser un nouveau référendum couperet”, insiste le non-indépendantiste. "On est satisfaits aussi parce qu’on a un renforcement des sièges de la province Sud au Congrès, un renforcement du pouvoir fiscal aux provinces.”
Ceci dit, “on a dû faire de fortes concessions pour obtenir ces gains. On a dû accepter de transformer la citoyenneté calédonienne en une nationalité dont les contours resteront à définir par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. On a aussi créé un statut complètement à part au sein de la République française qui est un Etat sui generis, ça veut dire un Etat ‘de son propre genre, qui n’existe nulle part ailleurs’.”
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"J'ai utilisé quatre qualificatifs, partage le président du gouvernement à Emmanuel Macron. Audacieux, ambitieux, mais urgent et nécessaire. Je disais aussi que ce sommet vous engageait d'abord vous, Monsieur le Président de la République, et nous engageait aussi en tant que responsables politiques locaux. À la fin de cette journée, qui a finalement duré 48 heures, chacun a décidé de prendre ses responsabilités pour la Nouvelle-Calédonie, sur les traces et les pas des anciens."
"Je remercie les collègues, indépendantistes et non-indépendantistes d'avoir travaillé et d'avoir ouvert leurs cœurs pour poser quelque chose sur la table. On va prendre l'avion et quand on va atterrir, il n'y a pas d'Indiens et de cow-boys chez nous, mais il y a des archers qui nous attendent de chaque côté, et on fera le travail pour expliquer. Ça sera un travail dur de part et d'autre. Il faut dépasser et surpasser nos propres idéologies pour assurer un avenir prospère à la Nouvelle-Calédonie."
"Ce sommet représentait le dernier espoir pour la Nouvelle-Calédonie, a dit Veylma Falaeo, la présidente du Congrès, en préambule. Tant sur le présent avec les immenses difficultés quotidiennes des Calédoniens, que sur l'avenir immédiat, comme plus lointain, sans plus aucune visibilité. Trouver un compromis nécessite de renoncer à soi-même pour retrouver le nous. Et je suis fière de ce que nous avons pu réaliser, parce que nous avons prouvé ici que nous étions capables ensemble de relever notre pays."
"C'est surtout un pari sur la confiance, la confiance entre vous et nous, et nous-mêmes et les nôtres. Ce que je souhaite c'est que de retour au pays, nous puissions continuer ensemble sur ce chemin de solidarité et de confiance les uns envers les autres."
Il est le premier membre de la délégation indépendantiste à donner sa vision des choses. “Les uns et les autres, salue Victor Tutugoro, ont su faire le pari sur l’intelligence au-delà de nos convictions, de nos positionnements et de nos postures. On est arrivé à mettre de côté toutes ces choses pour le bien du pays”. Car “après une longue nuit de réflexion, de discussion, nous sommes parvenus ce matin à signer un compromis politique”, formule l’élu du groupe UNI.
“Un compromis, par essence même, on ne peut pas être satisfait à 100 %. Mais c’est un compromis équilibré pour les uns et les autres, estime-t-il. Surtout, c’est un compromis qui nous permet de dérouler devant nous un accord politique équilibré et qui nous permet de construire ensemble la Nouvelle-Calédonie, une citoyenneté calédonienne et de bâtir ce destin commun que l’on clame les uns et les autres depuis beaucoup d’années.” En concluant que “c’est une manière de projeter devant nous et donc d’aider à la reprise de l’économie”.
“Nous atterrissons sur un accord où les Calédoniens sont Français", veut retenir Virginie Ruffenach, "où finalement nous avançons sur ces enjeux démocratiques de l’ouverture du corps électoral qui est une absolue nécessité", lance la présidente du groupe Rassemblement au Congrès. "Ceux qui aspirent à développer la Nouvelle-Calédonie pourront, avec une durée de présence, désormais faire partie des électeurs, mais aussi des citoyens et ensuite des nationaux calédoniens.”
“Ce compromis ne satisfera pleinement personne. Mais je suis pleinement convaincue qu’il nous permet de sortir la Calédonie de la spirale de la violence, des incertitudes et de la destruction”, exprime Sonia Backès sur les réseaux sociaux. Interrogée par Outre-mer la 1ère, la présidente de la province Sud, membre de la délégation Loyalistes, exprime ensuite "un soulagement".
"C'est le début d'un processus qui va être compliqué, dit-elle, puisque les Calédoniens seront consultés. Mais c'est un accord équilibré puisqu'il permet de respecter la parole des Calédoniens, des trois référendums. Il permet également d'avoir une solution pérenne tout en donnant aux indépendantistes des symboles qu'ils attendaient. Ça a demandé la recherche d'un consensus, avec des équilibres de part et d'autre, mais on a préservé notre essentiel : le maintien dans la République, le fait de ne plus avoir de référendum couperet et la réouverture du corps électoral."
"Je n'ai pas les mots, avoue, visiblement ému, le premier vice-président de l'Éveil océanien. Comme a dit le député Tjibaou, des gens sont morts. Je suis heureux, mais en même temps tellement triste. On n'avait pas le droit de s'arrêter. On a fait du funambulisme pendant dix jours. Certains ont vaincu leur peur, et je les en remercie. La peur mène à l'obscurantisme. Et certains ici, ont décidé de faire de leurs acquis, non pas un héritage, mais un trophée remis en jeu à chaque génération."
"On n'est pas ici en famille, tacle Vaimu'a Muliava, faisant référence aux propos d'Alcide Ponga. On est des hommes et des femmes qui doivent répondre à des injonctions du présent. Je sais que parmi mes frères qui sont là, ils se sont arrachés des acquis obtenus par le sang, et je les en remercie. Chacun et chacune d'entre nous, nous ne sommes pas seuls. Il y a des gens derrière et devant nous. Chacun a un nom relié à une terre, reliée à une identité, forgée par des millénaires d'altérité. Nos identités sont non négociables, mais elles sont conjugables."
“Nous avons enfin renoué avec le consensus, il était temps”, se réjouit le fondateur de Calédonie ensemble. “La Nouvelle-Calédonie continuera à s’émanciper, énumère Philippe Gomès : elle disposera de compétences élargies, les relations internationales lui seront transférées. Des éléments de souveraineté lui seront également donnés, je pense à la nationalité. Nous serons aussi associés à l’exercice des compétences régaliennes, nous pourrons former des cadres calédoniens qui travailleront dans les administrations régaliennes”…
Philippe Dunoyer, également de Calédonie ensemble, écrit quant à lui que “le temps viendra, dès le retour, d’expliquer en détail le contenu de ce ‘pari de la confiance’. Mais d’ores et déjà, nous avons une stabilité, une perspective et de la visibilité.”
