Face à l’explosion du narcotrafic, la justice des Antilles-Guyane s'unit pour riposter - Outre-mer La 1ère
Le 26 juin 2025, à Fort-de-France, la Juridiction Interrégionale Spécialisée (JIRS) a réuni les plus hautes autorités judiciaires des Antilles-Guyane pour affronter la criminalité organisée. Dans un contexte d’escalade de la violence liée aux drogues et aux armes, un protocole inédit de coordination a été signé, marquant un tournant stratégique dans la lutte contre le narcotrafic et l’insécurité.
Les plus hautes autorités judiciaires des Antilles-Guyane s'unit pour riposter · ©Jean-Marc Kennenga C’est une réunion d’exception qui s’est tenue ce 26 juin 2025 au sein de la cour d’appel de Fort-de-France. Le premier président Laurent Sabatier et le procureur général Patrice Camberou ont rassemblé l’ensemble des chefs de cours et des magistrats en charge des affaires de criminalité organisée de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique. Objectif : poser les fondations d’une riposte judiciaire coordonnée à l’échelle interrégionale face à une recrudescence sans précédent des violences liées au narcotrafic et à la circulation d’armes de guerre.
Le protocole signé à l’issue de ce comité de pilotage officialise une mobilisation judiciaire inédite dans la région. Il traduit la volonté des autorités de décloisonner les réponses pénales face à un phénomène transfrontalier, à l’image du Parquet National Anti-Criminalité Organisée (PNACO) récemment mis en place en métropole. L’esprit de ce texte est clair : dépasser les approches locales pour construire une stratégie judiciaire régionale cohérente, réactive et robuste.
Les données partagées lors du comité sont édifiantes. En à peine six mois :
10 tonnes de cocaïne ont été saisies dans la région, soit déjà un tiers du total national de l’année précédente (52 tonnes).
61 homicides et 254 tentatives ont été recensés, dont la moitié commise avec des armes à feu, et même 14 sur 17 en Martinique.
Les saisies d’armes de guerre (fusils d’assaut, munitions de calibre militaire) explosent, témoignant de la militarisation croissante des réseaux criminels.
Face à cette spirale de violence, l’appareil judiciaire se muscle. 15 millions d’euros ont déjà été saisis, soit plus du double de l’année 2024. La JIRS de Fort-de-France traite désormais 137 dossiers, dont près de la moitié concerne des trafics de stupéfiants.
Cette intensification s’accompagne de moyens technologiques renforcés : radars, drones, analyse balistique, scanners portuaires. Les effectifs judiciaires sont eux aussi en augmentation, conformément aux engagements gouvernementaux.
Mais un autre front reste à ouvrir : celui des ports antillais, principaux vecteurs du trafic. Le modèle européen fait figure d’exemple. À Rotterdam et Anvers, les accords signés avec cinq grands opérateurs maritimes ont permis :
Et la traçabilité logistique par codes PIN et badges sécurisés.
Résultat : une baisse de 64 % des saisies à Anvers et 50 % à Rotterdam en 2024, preuve que la sécurisation du port est un levier majeur contre le narcotrafic.
La question est désormais sur la table. Les magistrats de la JIRS, soutenus par les autorités locales, appellent à adapter ces dispositifs aux réalités antillaises. L’instauration d’une stratégie sécuritaire portuaire structurée permettrait de couper le trafic à sa racine logistique.
Car si la répression judiciaire reste essentielle, la prévention et la sécurisation des infrastructures le sont tout autant. Le succès du modèle néerlandais pourrait bien inspirer une nouvelle phase de la lutte contre le narcotrafic dans les Antilles françaises.

